Ce matin, j'etais avec une patiente, tres vieille, encore tres belle, dont la beauté était absolument affolante. Il y a une photo gigantesque d'elle accrochée au dessus de son lit, un truc tres seventies, à la David Hamilton, mais juste, elle était magnifique.

Cette dame, on est obligé de verrouiller sa salle de bain aujourd'hui, on est obligé de masquer les miroirs aussi. Parce que cette dame, si elle se voit dans la glace, elle pete une durite et explose tout sur son passage, alors que en temps normal elle est adorable.

Elle n'accepte pas sa tete, sa vieillesse, ses rides, son corps.

Elle a eu du mal à se dénuder, d'ailleurs je ne dénude jamais totalement les gens, je fais gaffe à les laver par parties, par respect pour eux.

Mais là ça a été tres compliqué, elle tirait ses vetements vers le bas, chopait une serviette pour se planquer les seins alors que je les lui lavais, simulait une douleur alors que je devais faire le reste.

Cette dame magnifique, vraiment encore sublime aujourd'hui, elle a souffert de cette toilette. Mais bon, elle n'a ps hurlé comme à son habitude, mais elle était pas bien, et pour moi ca a été sport.

J'ai essayé de la rassurer, je lui ai dit combien elle était belle, que sa peau était intacte, qu'elle avait un corps superbe pour son âge. Pour son âge. Je crois que ça ça passe pas, on ne peut rien y faire. De devoir soulever des seins pour nettoyer son corps, c'est juste pas possible pour elle.

Couper ses ongles, ses ongles épaissis, s'est révélé être très compliqué. Parce qu'elle n'a plus ses ongles de jeune fille, parce que ça ne se fait plus comme elle avait l'habitude de le faire ou de se le faire faire chez l'estheticienne. Parce que c'était honteux et MON regard sur son corps, quelle que soit la partie de son corps, était insupportable, parce que le moindre de mes actes étaient insupportables puisqu'ils la renvoyaient à sa propre dépendance.

C'est pas faute d'avoir essayé la carte de l'autonomisation, cette dame elle sait meme pas ce que je lui dis quand je lui demande de tendre le bras. Elle a le regard affolé, des gestes paumés, une ame qui souffre. Du papier sur les miroirs, et des miroirs retournés dans sa chambre.

Il parait qu'une fois, elle s'est vue dans un double vitrage, et qu'elle a chopé une chaise pour péter la vitre.

Bon j'ai fait ce que j'ai pu, difficile, je suis sortie, je suis allée me laver les mains, et j'ai vu dans la glace....

... mon premier cheveu blanc !

Ben j'ai trouvé ça joli comme première fois.